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INSPIRATION POLITIQUE / AGRICULTURE : Le CNSP peut s’inspirer de l’exemple Traoré

Nigerdiaspora - 20/05/2024

Depuis quelques mois, non sans rencontrer des difficultés, quelques contrariétés,des adversités diverses, les pays de l’AES se battent pour conquérir leurs souverainetés confisquées, aspirant à la dignité humaine de leurs peuples longtemps écrasés. Le chemin, comme il fallait s’y attendre, ne sera pas un long fleuve tranquille car semé d’embuches, mais on connait l’adage : « A coeur vaillant, rien d’impossible ». Les choix à faire qui ne peuvent se résumer à seulement se débarrasser de certains types de partenariat léonin qui légitiment la domination, voudraient que les Etats de l’AES, dans leur marche actuelle, par le leadership de leurs dirigeants, fassent des choix éclairés dans des domaines divers qui requièrent d’assumer la souveraineté nationale. Dès au départ, on savait que la sécurité, avant toute autre chose, relève de cette souveraineté et qu’il y avait, ainsi que l’ont décidé les hiérarchies des différentes armées de l’AES, à se prendre en charge et à faire face au défi sécuritaire qu’elles ne peuvent plus confier à un autre, l’Afrique du nouveau millénaire devant apprendre à se prendre en charge, notamment en ne cédant aucune parcelle de sa souveraineté à un autre, fût-il l’ancien tuteur colonial. Les Africains, en général et les Sahéliens en particulier, ne devraient donc céder à aucun chantage et doivent pour leurs intérêts, pour l’honneur de leurs nations, consentir les sacrifices nécessaires pour que soit possible la renaissance de la nouvelle Afrique dont rêvaient les Sankara, les Nkrumah, les Lumumba, les Kadhafi, les Sékou Touré. Cette Afrique est donc possible et la nouvelle génération qui prend les rênes du pouvoir, par ses hargnes et ses convictions, voudrait partager ces espoirs nouveaux, en amenant les Sahéliens à avoir confiance en eux-mêmes tout en se débarrassant de leurs vieux complexes.

D’autres domaines existent, et notamment ceux pour lesquels il faudra des politiques courageuses, hardies, et surtout des hommes compétents et d’une certaine trempe qui peuvent apporter les mutations nécessaires à faire changer la situation. Il y a la question lancinante et, notamment au Niger, de l’indépendance énergique que les sanctions de la CEDEAO ont révélé comme l’une des questions importantes de notre souveraineté ; la question de la sécurité alimentaire, la question liée aux programmes éducatifs et à la viabilité des écoles dans des espaces où l’école a perdu de son prestige que venait davantage compromettre une insécurité grandissante qui l’a profondément déstructurée dans certaines parties du pays.

Nous voudrions, ici, évoquer un cas, celui justement de la sécurité alimentaire qui voudrait que nous produisions nous-mêmes ce que nous consommons, en quantité pour l’autosuffisance et en qualité pour nos équilibres et la qualité de nos vies. Alors qu’il y a à diversifier la production agricole, il y a surtout à mettre en place une industrie agroalimentaire qui puisse permettre de transformer et de mettre à la disposition des populations des produits facilement consommables. Sans doute que pour y parvenir, alors qu’au Sahel l’on ne peut laisser l’agriculture demeurer tributaire des aléas, il y a à promouvoir l’irrigation, étant entendu que les eaux ne manquent pas, tant autour de mares, de fleuves, de lac, qu’en sous-sol où le Niger, particulièrement, héberge une importante quantité d’eau souterraine, objet de convoitise. Il faut donc profiter du potentiel hydrique dont dispose le pays pour exploiter les terres arables disponibles, ressources sans doute inépuisables dans un pays aussi vaste que le Niger à qui l’on fait croire faussement qu’il serait trop peuplé.

Le Niger dispose donc des ressources nécessaires et c’est pour cela que l’Etat doit, avant d’entrevoir tout projet agricole d’envergure dans le pays, préalablement régler le problème de l’accessibilité à la terre en aménageant les terres et en redistribuant les parcelles à de potentiels producteurs, ce en s’inspirant de ce que fut le modèle de Kolkhoze en URSS. Dans le domaine, on peut d’ailleurs croire que la Russie, qui est devenue un grand partenaire du Niger, pourrait apporter l’expertise nécessaire dans le domaine afin de mettre en place une véritable révolution verte dans le pays. Aussi, dans la même foulée, l’Etat pourrait soutenir des privés nationaux qui voudraient investir dans l’agriculture et notamment l’irrigation afin que les Nigériens puissent produire suffisamment pour répondre aux besoins alimentaires des populations nigériennes.

Il faudra, pour la variété, promouvoir en même temps des productions destinées également à l’exportation notamment l’oignon, le sésame, le moringa, la gomme, etc. Il est inadmissible que les Nigériens ne puissent pas produire suffisamment de riz pour la consommation nationale alors que les ressources nécessaires sont disponibles. Au nom de la souveraineté nationale, il faut que le Niger trouve les moyens de produire localement et suffisamment du riz dont on est sûr de la qualité nutritive pour mettre les Nigériens à l’abri de l’exportation et leur éviter les embargos avec lesquels certains voisins veulent nous faire du chantage. C’est absolument possible et il faut que, dans le pays, nous fassions désormais attention à la qualité de ce que nous mangeons.

Depuis quelques jours, l’on a compris que le Chef de l’Etat du Burkina Faso en a mesuré les contours des enjeux, lui qui a, depuis des jours, mis à la disposition des producteurs du matériel agricole moderne pour mécaniser la production et sans doute mettre à la disposition des populations des produits agricoles de qualité et même, peuton l’espérer, pour exporter dans la sous-région. Le Sahel, malgré qu’il soit aride, soumis aux aléas climatiques, est riche de ses immenses terres, de ses hommes, de sa jeunesse, pour se donner les moyens de révolutionner son agriculture et montrer que les contraintes climatiques, pour autant, ne peuvent empêcher d’avoir une agriculture résiliente, prospère, pouvant même permettre de subvenir aux besoins de cet espace que l’on a voulu à dessein présenter comme une terre maudite, éternellement admise à la misère pour faire faire face de manière cyclique à la sécheresse et à la famine. Le Sahel peut nourrir le Sahel. Le Niger peut nourrir le Niger. C’est une certitude. Il suffit d’avoir des politiques courageuses et surtout de mettre à disposition des producteurs les moyens nécessaires : la terre, l’eau, les outils de production moderne, les engrais. La modernisation de l’agriculture est donc le chantier, le seul, qui puisse conduire à la souveraineté alimentaire du pays. Les ingénieurs nigériens pédologues, en fonction des spécifiques de nos sols, doivent mettre à l’épreuve leurs savoirs pour penser la nouvelle agriculture du Niger en faisant le choix de ce que nous devrons désormais manger. Car, il faut le dire, les nouvelles mutations agricoles commandent également que nous acceptions de changer nos habitudes alimentaires car, même dans nos villages, il faut bien que les populations arrivent à comprendre qu’elles peuvent vivre sans forcément manger du mil qui ne saurait être une alimentation de base.

Les tracteurs que l’on a forcé les mairies à acquérir sous Tandja, n’auront servi à rien. La décision était sans doute louable mais puisque le cadre d’exploitation n’est pas créé, l’on a vu que ces machines n’ont pas servi, sinon qu’à servir de décor aux municipalités où ces tracteurs immobilisés sont devenus des emblèmes des mairies nigériennes qui ne savent pas quoi en faire.

Dans les nouveaux projets agricoles ainsi qu’on l’a vu avec le CNSP, pour certains aménagements rizicoles, doit surtout intégrer à leur coeur la jeunesse nigérienne qui pourrait développer dans un tel domaine des entreprise nouvelles viables, de grandes industries de transformation et de vastes réseaux, internes et externes, de commercialisation. Le Niger dispose de bras solides et il faut les mettre à profit pour que change le visage de l’agriculture du Niger où, en ce troisième millénaire, l’on ne peut pas continuer à se contenter d’une civilisation désuète de plusieurs siècles de hilaire.

Mairiga (Le Courrier)

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